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Le choléra en France en 1832 et le coronavirus actuel

Le choléra est  à Londres, tout comme le coronavirus en Chine.

« On nous l’avait cependant annoncé bien longtemps à l’avance ; on nous avait fait suivre sur la carte sa marche rapide et menaçante. Le fléau voyageur n’était plus séparé de nous que par cette mer étroite qui nous ramène et nous remporte, avec la mobilité de ses flots, nos rois rétablis ou déchus. Et pourtant, ce voisinage nous inquiétait moins que ne l’avaient d’abord fait les récits venus des pays lointains, doublement terribles par la distance et par la nouveauté. »

Le choléra arrive sur Paris

J’aurais pu ajouter dans le titre entre parenthèse « et le coronavirus ». « Le choléra devait avertir le public de sa marche ; il était obligé de fournir régulièrement ses étapes, il n’avait pas le droit d’être à Paris. Ainsi parlaient avec une feinte assurance les gens positifs ; et cependant, comme le gouvernement affirmait qu’il avait pris toutes ses mesures contre le fléau, les gens positifs mouraient de peur. Mais ce fut bien pis le lendemain, lorsque les médecins, titulaires de la confiance administrative, publièrent leur charte de santé ! Rien au monde n’entretient la crainte comme une nomenclature de préservatifs et de précautions. Chaque minutie du régime préventif ramène incessamment la pensée sur le danger qu’on veut éviter. »

Le choléra est partout

Si vous remplacez « choléra » par « coronavirus »…

« On sentait partout le choléra dans l’odeur sépulcrale du chlore. On le retrouvait dans la ceinture de flanelle, dans les chaussettes de laine ; on s’habillait du choléra. Dehors, vous le rencontriez embusqué au vitrage de chaque boutique, vous menaçant de son gigantesque nom, si vous n’entriez pas bien vite acheter des flacons, des sachets, des gants, des pommades, des bonbons, des gâteaux, du vin de Rancio, du tabac, que sais-je ? tout ce dont les magasins voulaient se dégarnir. »

Le choléra (le coronavirus) frappe tout le monde

Incroyablement d’actualité : « Cependant l’épidémie poursuivait sans pitié sa récolte de morts, et l’on eût dit vraiment qu’il y avait, dans la puissance inconnue qui dirigeait ses coups, quelque chose d’intelligent et de moqueur, tant elle se montrait prompte à renverser toutes les assertions de la science, à démentir toutes ses prédictions, à nous ôter l’une après l’autre toutes nos espérances ; tant elle semblait trouver un malin plaisir à ne pas se laisser comprendre. Ainsi, à peine l’avait-on reléguée dans les parties étroites et malsaines de la ville, qu’elle s’établissait aux lieux où l’air trouve le plus d’espace, où les habitations s’étendent le plus à l’aise. On lui livrait la misère ; elle s’emparait aussitôt de l’opulence : on lui abandonnait les corps infirmes et décrépis ; elle se jetait sur la jeunesse et la beauté. »

La presse et le choléra 

Je n’ai pas mis entre parenthèse « et le coronavirus » car je n’ai pas voulu mettre toute la presse dans le même panier. Heureusement, nous avons encore une presse libre qui nous donne de vraies informations, ce qui n’était pas le cas à l’époque, sous Louis Philippe, roi des Français. Cependant, nous pouvons faire le parallèle avec une certaine presse-courroie de transmission des informations gouvernementales…

« Le matin on déployait en tremblant les journaux ; ce n’était plus pourtant la politique qu’on y cherchait, les émeutes, les débats de la tribune, les nouvelles télégraphiques, les résultats si lents de la diplomatie ; une nouvelle insurrection, s’il en restait une à faire quelque part, n’aurait pas même trouvé de sympathie. Ce qu’on voulait, c’était le chiffre des morts, ce chiffre terrible qui augmentait sans cesse. Et pourtant les journaux mentaient ; soyons justes, ils ont menti quelquefois à moins bonne intention. Tels qu’ils étaient, le cœur manquait en les lisant. Qu’aurait-ce donc été si des registres mieux tenus, si un renfort d’employés établi à temps, si des communications plus complètes avaient pu fournir à chaque jour sa triste vérité ! Après cela venaient les formules rassurantes, variées avec un remarquable talent. Si la mortalité s’accroissait, c’était bon signe, elle ne durerait pas. Si elle diminuait, c’est que le mal touchait à sa fin. Si elle reprenait des forces, c’était un dernier effort qui allait bientôt l’épuiser ; vrai langage de nourrice pour endormir l’enfant qui se lamente. »

Les martyrs du choléra (et du coronavirus)

L’extrait qui va suivre est également d’actualité, malheureusement.

« Il (des couronnes civiques) en faudra aussi pour les médecins. Car l’épidémie n’est pas assez loin de nous, pour que nous recommencions à nous moquer de leur science. Si l’art a été plus faible que le mal, s’il s’est montré incertain, s’il a tâtonné, s’il en est encore au doute après une longue et cruelle expérience, le zèle a été immense, héroïque, admirable. Dans cette lutte généreuse contre un secret meurtrier de la nature, rappelons-nous qu’à côté des victimes, il s’est trouvé des martyrs.« 

Jusqu’où s’arrêtent les similitudes ?

En 1832, il n’y a pas eu de confinement de population, peu de consignes sanitaires. Cependant, on pourrait comparer la circulation du choléra avec celle du coronavirus dans certains quartiers de grandes villes où la surpopulation a favorisé le développement de ces épidémies. On pourrait aussi faire un rapprochement avec la façon dont certains états ont géré la pandémie au début de son arrivée, de façon darwinienne.

Voici un extrait à propos de la mi-carême, alors que le choléra est annoncé. Cela rappelle de grands rassemblements d’avant le confinement…

« Il y avait partout de la gaîté, de l’encombrement, de la poussière, et nulle part de la garde municipale, parce que la police ne reconnaît pas la mi-carême, et que, pour cette fois-là, chacun peut se divertir à ses risques et périls. Au milieu de cette foule joyeuse, allaient et revenaient sans cesse trente ou quarante masques heureux d’être regardés, de se voir montrer au doigt, et semant sur leur passage des propos orduriers qu’on leur avait vendus tout faits. Le ciel était beau, mais il soufflait un âpre vent du nord, un vent à flétrir tout à coup sur leurs branches les fleurs naissantes de l’amandier. C’est alors, c’est au milieu d’une multitude épanouie, c’est parmi les rires, les gais discours et les folies bruyantes, qu’une affreuse nouvelle circule parmi les groupes ! Heureusement elle venait du Moniteur ; elle arrivait avec un caractère officiel, et l’on avait devant soi quelque temps pour en douter.

Après le choléra de 1832, d’autres épidémies meurtrières

La grippe espagnole qui est restée dans la mémoire collective française. Tous les ans, la grippe décime des populations fragiles. Cependant, la façon dont le coronavirus se propage, à grande vitesse (une personne peut en contaminer trois autres) rappelle la propagation du choléra.

La fin de cet article sur le choléra de 1832 est terriblement prémonitoire.

 » A la fin, moyennant un tribut, de vingt mille morts, nous pouvons nous en croire quittes, respirer quelque temps, et nous dire avec un faible espoir de répit : « Voici encore un fléau de passé : à qui le tour maintenant ? »

Extrait d’un texte de M.A. Bazin L’époque sans nom, Esquisses de Paris, 1830-1833, Paris, Alexandre Mesnier, 1833 Tome 2 chapitre 23« . Pris sur le site https://chapellerablais.pagesperso-orange.fr/

 

Le dessin appelé « Death’s Dispensary » est une caricature publiée lors de l’épidémie de choléra à Londres en 1866 était une réponse à l’hypothèse de l’épidémiologiste anglais John Snow, qui a lié l’épidémie de choléra aux eaux d’égout s’infiltrant dans les eaux souterraines utilisées pour la boisson (1866).

Drawing by George John Pinwell, 1866. Creative Commons Public Domain Mark 1.0 License.

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