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Les personnages

Les personnages créent l’histoire

Personnages de romans historiques

Dans un roman historique, les personnages doivent correspondre à la toile de fond de l’histoire. Cela demande un contrôle permanent dans l’écriture sur ce que peut dire ou faire un personnage dans l’époque choisie par l’auteure. Ils doivent rester humain, avec des défauts, des qualités, une structure de personnalité qui les façonne.

Chaque roman de la série comporte les personnages principaux, récurrents, et d’autres pouvant se rapporter à des personnes ayant réellement existées, que l’auteure peut déplacer dans le temps, comme dans le deuxième roman.

Victorine de Beauval

Pourquoi une héroïne ?

La plupart des personnages de romans policiers historiques sont des hommes. L’auteure a préféré ne pas rajouter un unième héros masculin ; il restait à choisir le type d’héroïne lui permettant d’avoir du temps, des moyens financiers pour se déplacer.

L’auteure a choisi une jeune femme de famille de notables provinciaux, possédant des codes sociétaux propres à cet environnement de petite bourgeoisie régionale. Ce choix permet de décrire de façon plus large la société de cette époque, au-delà de Paris.

Le veuvage lui octroie la liberté de se déplacer seule, bien que la tutelle du père remplace celle de l’époux décédé. La propre histoire du père permet de laisser la bride sur le cou à l’héroïne.

Victorine de Beauval, profileuse sous le Second Empire

L’auteure ne fait pas d’anachronisme, l’héroïne ne pouvant pas intégrer l’équipe policière, il a fallu la positionner parallèlement aux policiers. Un profileur est une personne établissant le portrait d’un criminel ou d’une victime. Bien que le mot soit moderne, il est tout à fait réalisable que l’héroïne, dotée d’une sensibilité particulière, puisse réaliser des portraits de criminels ou de victimes, un peu comme Sherlock Holmes en fin de 19è siècle.

L’équipe policière

Elle a réellement existé, les mémoires du commissaire Claude, devenu chef de la Sûreté de la préfecture de police en 1858, donnent des informations sur l’équipe de Monsieur Claude et le fonctionnement de la police durant le Second Empire.

Le commissaire Claude

Il est né à Toul en 1807 ; à l’âge de 19 ans, il se rend à Paris. Antoine Claude devient « saute-ruisseau » dans une étude d’avoué. Il y reste trois ans et obtient, malgré le peu d’intérêt qu’il trouve à ce métier, le grade de second clerc.

Monsieur Claude occupe l’emploi de greffier d’instruction criminelle pendant 18 ans. Il rédige des procès-verbaux sans partialité, de façon neutre, sur les dépositions des inculpés, sur les avis des commissaires de police. Ses procès-verbaux facilitent le travail du tribunal.

Il entre dans la police entre 1832 et le 3 janvier 1848 il est nommé commissaire, d’abord à Meaux, puis à Passy, commissaire à Batignoles et commissaire aux théâtres. Cependant, après la révolution de février et la chute de Louis-Philippe, il est démis de ses fonctions sur ordre ministériel et se retrouve sur le pavé.

« Moi qui avais accepté comme une retraite cette fonction de commissaire dans un endroit si tranquille, moi qui, après vingt ans d’exercice dans ma fonction de greffier, espérais gagner paisiblement mes derniers éperons d’officier civil, la révolution de février de 1848 vint brutalement me faire sortir de cette retraite. Dès son début, le gouvernement me fit un crime de mes anciens services, parce que, comme on le retrouvera plus tard, la haute magistrature m’avait obligé à frapper, sous Louis-Philippe, des coupables qui, sous la nouvelle république, devenaient tout à coup des héros. »

Après le coup d’Etat et la proclamation de l’empire en décembre 1852, appuyé par un sénateur, il retrouve son poste. « En trois ans, je devins commissaire de police du quartier de Ménilmontant, commissaire du quartier Saint-Martin, commissaire des halles et commissaire des théâtres de Paris ». En 1858, après l’attentat contre Napoléon III, il est promu chef de la Sûreté.

Dans ses mémoires, il dresse un tableau de Paris et des villes proches. On y trouve des endroits pittoresques ou sinistres, des masures délabrées, des bouges, des souterrains…

La physionomie du commissaire

Monsieur Claude dit de lui : « Mes longues années passées dans les bureaux de la Préfecture, où j’avais vu apparaître les plus grands héros de la Cour d’Assise, m’avaient donné l’air placide de l’employé sédentaire. » Sous un air paterne il trompe les hommes les plus retors, ou les plus habiles à flairer le policier sous le bourgeois. »

Le commissaire Claude se déplace lentement, d’un air tranquille, il jouit d’un flair qui excite son énergie et qui s’est rarement démenti dans sa poursuite des bandits. Du moindre indice, d’un fait insignifiant, il parvient à constituer tout un monde de preuves ou de révélations. Il a un don naturel pour repérer les malfaiteurs. « Je suis né policier comme une bête naît chien de chasse. » Ce n’est que lorsqu’il a atteint son but qu’il peut se reposer, qu’il ressent de la fatigue et de l’épuisement causés par l’ardeur, l’adresse et l’activité.

L’inspecteur Le Requin

Dans les mémoires du commissaire Claude, cet inspecteur figure sous ce surnom. Les recherches aux archives de la police n’ont pas permis de le nommer (de nombreuses archives ont disparu sous la Commune). L’auteure lui a donc octroyé un patronyme, Victor Maillet.

L’auteure s’est inspiré des mémoires pour décrire cet inspecteur qui avait été attaché au bureau des agents des mœurs. Voici comment il est décrit dans le chapitre 8 de Secret assassin :

« Son surnom était dû à son nez pointu et à son sens olfactif fort développé. Une odeur, peu perceptible chez le commun des mortels, se révélait pour lui une source d’information précieuse sur une scène de crime. Son exceptionnelle faculté de se transformer lui conférait l’avantage de se fondre dans des milieux divers.

La physionomie du Requin

Il pouvait porter un habit noir au tombé impeccable, une chemise éclatante de blancheur au col amidonné, un pantalon de drap sombre tombant sur des bottines parfaitement cirées. Dans ce style, il s’appuyait sur une canne à pommeau sculpté, tenue par une main ganté de chevreau ; un chapeau haute forme complétait la panoplie de l’élégant Victor Maillet. En superposant des bandages, en revêtant une veste non cintrée, en grimant son visage pour l’épaissir, en alourdissant sa marche, son allure devenait celle d’un bourgeois bedonnant ou d’un marchand de vin rougeaud. Si les besoins de l’enquête l’exigeaient, le Requin adoptait une blouse, une casquette, une besace.

            Sous ses allures de dandy, l’inspecteur Victor Maillet possédait une redoutable maîtrise des combats de rues. Sa canne recélait une lame au tranchant bien aiguisé, une poche intérieure de l’élégant habit abritait un révolver.

Comme un squale, il traçait son chemin dans les eaux les plus troubles, les plus dangereuses.  Il préférait officier seul et ainsi jouir d’une plus grande latitude de choix dans ses investigations. »

Oeil de Lynx

C’est sous ce sobriquet que cet inspecteur figure dans les mémoires de Monsieur Claude. Comme pour le Requin, il n’a pas été possible de trouver trace de cet inspecteur sous le Second Empire. L’auteure lui a donc donné un patronyme, Gustave Ledoux.

Dans les mémoires du commissaire Claude, il apparaît moins que le Requin. Néanmoins, l’auteure a pu en faire un portrait. Voici sa description dans le chapitre 12 de « Secret assassin » :

« Œil de Lynx » devait son surnom à son regard perçant, son don de l’observation ; d’un petit bout de lettre, d’un débris de verre, de cendres froides, d’un pommeau de canne, d’une blague à tabac et de toutes sortes de choses, il élaborait des hypothèses qui le conduisaient bien souvent à l’arrestation de bandits. »

La physionomie d’Oeil de Lynx

L’auteure le décrit ainsi « Avec ses 1m80, ses 100 kilos, ses mains fortes comme des battoirs, ses jambes puissantes, l’inspecteur Gustave Ledoux en impose et renvoie une personnalité lui évitant bien des désagréments. »

Oeil de Lynx n’a pas son pareil pour se métamorphoser en « rustau », bandit qui tient un hangar (remisage) où sont remisées les voitures, carrioles volées, les chevaux étant revendus au marché. Il lui suffit de s’assombrir le visage avec une décoction de feuilles, de revêtir des vêtements à la propreté douteuse pour ressembler à un ancien forçat.

Sa connaissance de la « langue verte » (l’argot sous le Second Empire) et son physique de lutteur lui permet d’infiltrer des milieux interlopes, des bouges de malfrats et de confondre des malfaiteurs.

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